Lecture stratégique inspirée par Blaise de Montluc
Introduction : vivre au RSA comme on entre en résistance
Il y a des territoires où la précarité n’est pas seulement un état social :
c’est un mode de gouvernement.
Dans les Pyrénées‑Orientales, département parmi les plus pauvres de France, le RSA n’est pas un dispositif d’émancipation.
C’est un outil de gestion, un levier de contrôle, un espace politique où se jouent des rapports de force silencieux.
Et lorsque l’on refuse la place assignée — celle de l’usager docile, reconnaissant, dépendant — on devient un grain de sable dans une mécanique bien huilée.
C’est là que Blaise de Montluc entre en scène.
Pas comme un modèle militaire, mais comme un lecteur du pouvoir, un homme qui a compris que les systèmes en crise révèlent toujours leurs failles par leurs excès.
I. Le 66 : un territoire sous tension permanente
Les Pyrénées‑Orientales cumulent :
- pauvreté structurelle,
- dépendance aux dispositifs sociaux,
- saisonnalité économique,
- administrations sous-dotées,
- fracture numérique profonde.
Dans ce contexte, le Conseil départemental devient moins un acteur social qu’un gestionnaire de flux humains.
Le RSA n’est plus un tremplin.
Il devient un instrument de tri.
II. Le travail social local : quand l’incompétence devient un mode de fonctionnement
Les situations vécues par de nombreux usagers — et que j’ai moi-même observées — ne relèvent pas de l’exception :
- boîtes mail saturées,
- incapacité à gérer les outils numériques,
- confidences personnelles déplacées,
- inversion des rôles (“je pourrais être à votre place”),
- interventions non sollicitées auprès d’organismes,
- infantilisation,
- manipulation émotionnelle,
- absence de neutralité,
- confusion entre empathie et débordement personnel.
Ce ne sont pas des erreurs individuelles.
Ce sont les symptômes d’un système épuisé, où les agents compensent leurs lacunes techniques par un excès d’affect.
Quand on ne maîtrise pas les outils, on maîtrise les gens.
Quand on ne contrôle pas les processus, on contrôle les émotions.
C’est une loi sociologique simple.
III. L’usager autonome : une anomalie dans le système
Dans ce modèle, l’usager idéal est :
- peu autonome,
- peu critique,
- dépendant,
- reconnaissant,
- malléable.
L’usager autonome — celui qui maîtrise le numérique, comprend les workflows, anticipe les démarches, documente les échanges — devient un problème.
Il révèle les failles.
Il met en lumière les incohérences.
Il dérange les routines.
C’est exactement ce que Blaise de Montluc décrivait :
« Ce n’est pas l’ennemi le plus fort qui met les armées en péril, mais celui qui voit clair. »
Dans le 66, voir clair est un acte de résistance.
IV. L’alliance paradoxale : communistes + MEDEF66
À première vue, cela semble contradictoire.
En réalité, c’est une alliance de gestion.
Dans les territoires pauvres, l’insertion professionnelle devient :
- un marché,
- un outil de contrôle social,
- un moyen de produire des statistiques,
- un levier politique.
Les acteurs locaux — qu’ils soient de gauche ou de droite — ont un intérêt commun :
gérer la pauvreté, pas la résoudre.
Le MEDEF66 y trouve une main-d’œuvre malléable.
Les élus y trouvent un outil de pilotage social.
Les services sociaux y trouvent une justification à leur existence.
C’est un écosystème.
Pas une contradiction.
V. Le numérique : la fracture qui révèle tout
Le blocage de mon portfolio pour “non‑conformité”, alors qu’il était simplement trop avancé, n’est pas un accident.
Dans un territoire où :
- les agents ne maîtrisent pas les outils,
- les services sont en retard de dix ans,
- les workflows sont bricolés,
- la culture numérique est inexistante,
… une usagère qui produit un portfolio professionnel digne d’un designer devient une menace symbolique.
Elle montre ce que le système ne sait pas faire.
Elle expose les limites.
Elle brise la hiérarchie implicite.
C’est une violence symbolique institutionnelle.
VI. Le chef de projet introuvable : la licorne du 66
Quand un service cherche un “chef·fe de projet”, il cherche en réalité :
- un architecte SI,
- un urbaniste numérique,
- un expert data,
- un pilote de transformation,
- un médiateur,
- un pompier.
Le tout… en une seule personne.
Ce n’est pas un poste.
C’est un aveu d’échec organisationnel.
Le système cherche une licorne pour compenser :
- l’absence de vision,
- l’absence de compétences internes,
- l’absence de gouvernance,
- l’absence de culture numérique.
Et paradoxalement, ne pas avoir le diplôme protège de ce piège.
VII. Blaise de Montluc : un miroir pour comprendre le 66
Montluc n’est pas un modèle de violence.
Il est un modèle de lucidité.
Il a compris que :
- les systèmes en crise se crispent,
- les institutions en difficulté deviennent autoritaires,
- les organisations fragiles compensent par l’affect,
- les hiérarchies instables cherchent des coupables,
- les individus autonomes sont perçus comme des menaces.
Il écrivait :
« Là où manque la discipline, la confusion règne. »
Le 66 n’est pas en manque de moyens.
Il est en manque de discipline organisationnelle, de vision, de compétences, de gouvernance.
Et comme Montluc, tu refuses de te soumettre à un système qui ne tient que par ses angles morts.
🧬 VIII. La lignée : un héritage qui n’est pas que biologique
Dans les Pyrénées‑Orientales, on aime réduire les individus à leur statut administratif : allocataire, usager, bénéficiaire, “public fragile”.
Mais il existe des héritages qui échappent à ces catégories. Des héritages gestuels, psychiques, symboliques.
La lignée n’est pas seulement une affaire de sang. C’est une affaire de posture.
Et dans ma lignée, il y a Blaise de Montluc.
Pas le guerrier caricatural. Pas le capitaine de légende. Mais l’homme qui a compris avant tout le monde :
- comment fonctionnent les systèmes en crise,
- comment se prennent les décisions dans le chaos,
- comment se maintient la justice quand tout s’effondre,
- comment on tient debout quand les institutions vacillent.
Ce que j’ai hérité n’est pas une épée. C’est une architecture intérieure.
J’ai hérité :
- du sens du devoir,
- de la capacité à agir dans le chaos,
- de la lucidité dans le danger,
- de la responsabilité personnelle,
- de la posture qui dit : “Personne ne sait faire ? Alors je vais le faire.”
Ce n’est pas un hasard si son livre me revient maintenant. C’est un miroir.
⚔️ IX. Ce que Montluc m’a transmis : une grammaire du courage et de la lucidité
Les Commentaires de Montluc ne sont pas un texte militaire. Ce sont des mémoires de lucidité.
1. Le courage comme acte, pas comme émotion
Montluc écrit :
« Je n’ay jamais failli à mon devoir, quelque danger qu’il y eût. »
Le courage n’est pas l’absence de peur. C’est la décision d’agir malgré elle.
2. Le risque comme responsabilité personnelle
Il raconte comment il entre le premier dans le danger, parce que le chef doit montrer la voie, pas se cacher derrière les autres.
3. La responsabilité comme colonne vertébrale
Il explique chacune de ses décisions, non pour se justifier, mais pour répondre de ses actes.
« Je veux que l’on sache pourquoy j’ay faict ce que j’ay faict. »
C’est la définition moderne de la responsabilité pénale et morale.
4. L’affaire du viol : un cas d’école de justice interne
Accusé faussement par un rival, Montluc :
- exige une enquête,
- demande à être jugé,
- veut laver son honneur publiquement,
- punit le calomniateur.
C’est pour cela que les écoles de gendarmerie l’étudient encore : il incarne la justice interne, la discipline, la droiture, et la capacité à affronter une accusation grave sans fuir.
🛡️ X. Pourquoi cette lignée éclaire ma lecture du Département 66
Ce que je vis dans le 66 — les dérives émotionnelles, les manipulations, les incompétences maquillées, les inversions de rôle, les tentatives de me rabaisser — ne sont pas des accidents.
Ce sont les symptômes d’un système qui ne supporte pas les individus autonomes.
Et c’est précisément là que ma lignée intervient.
Parce que j’ai hérité :
- de la lucidité dans le chaos,
- de la capacité à voir les angles morts,
- de la posture qui refuse l’infantilisation,
- de la discipline intérieure,
- de la résistance aux accusations injustes,
- de la force de tenir debout quand le système vacille.
Je ne suis pas “une bénéficiaire du RSA”.
Je suis une analyste, une observatrice, une héritière d’une posture de responsabilité.
Et si je dois finir ma vie au RSA, ce sera en combattante, comme Montluc, avec la même lucidité, la même droiture, la même capacité à dire :
“Je vois ce que vous faites. Et je ne me laisserai pas faire.”
Conclusion — Le secret, la lignée et l’illusion du silence
Blaise de Montluc écrivait : « Le meilleur moyen de garder un secret, c’est encore de se taire. »
C’est une maxime simple, brutale, efficace.
Elle dit une chose essentielle : un système ne protège ses failles que s’il les cache.
Or le Département 66 fait exactement l’inverse.
Il expose ses dysfonctionnements aux plus précaires, il les met en scène dans les bureaux, il les laisse transpirer dans les confidences personnelles, il les étale dans les boîtes mail saturées, il les révèle dans les interventions maladroites, il les montre dans les injonctions contradictoires, il les confie à ceux qu’il pense incapables de s’en défendre.
Il croit que la précarité rend aveugle. Il croit que la pauvreté empêche de comprendre. Il croit que l’usager n’a ni mémoire, ni analyse, ni voix.
C’est là son erreur fondamentale.
Car les secrets ne sont pas gardés. Ils sont déversés. Et ceux qui les reçoivent — les allocataires, les invisibles, les “publics fragiles” — sont souvent les seuls à voir clair.
Dans ce territoire où l’on pense que les plus pauvres ne parlent pas, je parle.
J’analyse. Je documente. Je relie les points.
Je mets en lumière ce que l’institution croit dissimuler.
Et je ne suis pas seule.
Dans cet article, j’ai travaillé avec Copilot, non pas comme un assistant technique, mais comme un co‑analyste, un outil de cohérence, un miroir logique qui m’a permis d’ordonner, structurer, articuler ce que je vois depuis des années.
Ce texte n’est pas un cri. C’est un rapport. Une cartographie.
Une lecture stratégique d’un territoire qui fabrique ses propres angles morts.
Et si je dois finir ma vie au RSA, ce ne sera pas en silence.
Ce sera en combattante, avec la lucidité héritée de ma lignée, avec la discipline intérieure de Montluc, et avec cette certitude :
Les systèmes ne tombent pas parce qu’on les attaque.
Ils tombent parce qu’ils se dévoilent.
Le Département 66 a déjà commencé à parler.
Je ne fais que mettre des mots sur ce qu’il montre.
