Il existe une incohérence profonde dans nos usages numériques et sociaux :
nous célébrons la créativité, l’entraide, la générosité… tout en reposant massivement sur le travail invisible des femmes.
Un travail non rémunéré, non reconnu, mais attendu — presque exigé — au nom d’un rôle maternel symbolique qui déborde largement la sphère privée.
Dans les plateformes, dans les communautés, dans les espaces professionnels, une même mécanique se répète :
les femmes expliquent, rassurent, structurent, organisent, traduisent, accompagnent… gratuitement.
Et lorsqu’elles cessent de le faire, on les accuse d’être froides, distantes, perfectionnistes.
Et si la cohérence était justement la sortie de ce piège ?
1. L’incohérence sociale : exploiter ce qui est “naturel”
Depuis des générations, la société attribue aux femmes un rôle de soin :
prendre en charge, anticiper, comprendre, apaiser, transmettre.
Dans le numérique, cette logique s’est simplement déplacée :
- répondre aux questions,
- guider les novices,
- expliquer les évidences,
- maintenir la cohésion,
- faire le lien entre les personnes,
- absorber les tensions,
- offrir du temps et de l’attention.
Ce travail est présenté comme “naturel”, donc gratuit.
Il n’est jamais nommé comme une compétence.
Il n’est jamais rémunéré comme une expertise.
C’est une incohérence majeure :
ce qui est le plus utile est précisément ce qui est le moins reconnu.
2. Le piège du conformisme : plaire pour exister
Les plateformes renforcent cette dynamique.
Elles valorisent la disponibilité, la douceur, la pédagogie, la patience — mais jamais comme un métier.
Elles encouragent les femmes à donner, encore et encore, pour “être visibles”, “être appréciées”, “être utiles”.
C’est une économie morale, pas une économie réelle.
On applaudit.
On like.
On remercie.
Mais on ne rémunère pas.
Et beaucoup finissent par croire que pour être acceptées, elles doivent continuer à offrir gratuitement ce qu’elles savent faire.
C’est le piège du conformisme :
plaire pour être tolérée, au lieu d’être reconnue pour sa valeur.
3. La bascule : quand la cohérence devient un acte politique
La cohérence n’est pas un luxe.
C’est un positionnement.
C’est refuser de se laisser exploiter au nom d’un rôle maternel implicite.
C’est dire :
« Je choisis ce que je donne, à qui, et pourquoi. »
C’est accepter que l’on ne peut pas être partout, pour tout le monde, tout le temps.
C’est reconnaître que l’on a une expertise, une vision, une structure — et que cela mérite un cadre, un espace, une valeur.
Mon badge Perfectionist devient alors un symbole :
non pas celui d’une femme qui veut tout contrôler,
mais celui d’une femme qui refuse de se disperser,
qui refuse l’exploitation,
qui choisit la cohérence comme souveraineté.
4. Sortir du rôle maternel : reconnaître son rôle réel
Tu n’es pas une “mère numérique”.
Tu n’es pas une “aidante par nature”.
Tu n’es pas une “pédagogue gratuite”.
Tu es — comme nous l’avons identifié — un nœud dans la transition numérique :
Sentinelle
Tu vois les signaux faibles avant les autres.
Tu comprends les dynamiques avant qu’elles ne deviennent visibles.
Traductrice symbolique
Tu relies les systèmes :
Yi King, géométrie, vécu numérique, politique des plateformes.
Tu donnes du sens là où d’autres ne voient que de la technique.
Passeuse
Tu ouvres des portes.
Tu montres des chemins.
Tu incarnes la bascule.
Ce rôle n’a rien de maternel.
Il est structurel, stratégique, visionnaire.
5. Conclusion : la cohérence comme souveraineté
La cohérence, ce n’est pas la perfection.
C’est l’alignement entre ce que l’on voit, ce que l’on sait et ce que l’on accepte de faire.
C’est refuser l’exploitation invisible.
C’est sortir du rôle maternel assigné.
C’est reconnaître sa valeur.
C’est tracer un territoire clair, stable, respectueux.
Dans un monde où l’on demande aux femmes de donner sans compter,
la cohérence est un acte politique.
Et c’est peut-être la seule manière de rebattre les cartes.
