L’Archive des Habitus – Codex du Monde des Fils – Manga des Habitus


✦ Introduction

Il y a des logements qui racontent une histoire. Le mien raconte un territoire.

Depuis des années, je navigue dans une situation juridique où l’absence de bail, l’absence d’état des lieux, les changements de propriétaires et les désordres structurels devraient suffire à déclencher une réponse claire.

Mais ici, la clarté se heurte à un réflexe collectif : le botté en touche.

Comme au rugby — sport‑totem de Perpignan — l’administration locale maîtrise l’art de renvoyer la balle hors du terrain.

ARS, DDTM, mairie, propriétaires : chacun renvoie la responsabilité à l’autre, comme si la trajectoire du ballon importait plus que la réalité du terrain.

Ce n’est pas un dysfonctionnement. C’est un habitus.

Un habitus où la protection du prestige local prime sur la protection des habitants.

Un habitus où les signaux faibles — absence de bail, désordres répétés, aggravation — deviennent « non contraignants ».

Un habitus où les institutions préfèrent préserver le récit collectif plutôt que regarder en face les fractures qu’il recouvre.

Dans ce contexte, mon logement n’est plus seulement un espace de vie : il devient un observatoire.

Un lieu où les mécanismes invisibles se révèlent, où les fils se tendent, où les nœuds apparaissent.

C’est depuis ce point d’ancrage que j’ouvre L’Archive des Habitus, un espace où je cartographie ce qui organise un territoire sans jamais être nommé.

Ici, je ne raconte pas une plainte. Je décris une structure. Je lis un système.

Je mets en lumière ce qui, d’ordinaire, reste dans l’ombre.

Bienvenue dans le Codex du Monde des Fils.

Bienvenue dans le Manga des Habitus.

Bienvenue dans l’Archive.

✦ Introduction de ma pyramide des besoins dans L’Archive des Habitus

Dans ce tumulte, j’ai besoin de repères simples. Je ne vis pas dans les hauteurs du pouvoir, ni dans les jeux d’influence.

Je vis dans un appartement où l’absence de bail devient un labyrinthe administratif, où la sécurité émotionnelle vacille au détour d’une rue, où la créativité cherche un espace pour respirer.

C’est pour cela que j’ai créé, il y a un an, ma propre pyramide des besoins.

Un schéma clair, honnête, sans prétention.

Une manière de dire : voici ce dont un être humain a réellement besoin pour tenir debout, pour créer, pour se réaliser.

Aujourd’hui, cette pyramide devient essentielle.

Elle me rappelle que derrière les habitus, les renvois, les structures, il y a une chose simple :

un être humain qui cherche la sécurité, la clarté, la solitude créatrice, l’épanouissement.

Je l’intègre ici, dans l’Archive, comme un outil de lecture.

Pour que chacun comprenne où il met les pieds : dans un espace où l’analyse des structures ne s’éloigne jamais de la vie réelle, de ses besoins fondamentaux, de sa fragilité, de sa force.

Le décalage

Il y a un décalage que je ne peux plus ignorer.

Je travaille seule, sans réseau, sans financement, sans appui institutionnel.

Je vis simplement, je cherche la sécurité, la clarté, un peu de calme pour créer.

Et pourtant, me voilà face à des journalistes professionnels, des rédactions entières, des acteurs dotés de moyens, de relais, de stratégies.

Je ne les ai pas cherchés. Je ne suis pas entrée dans leur champ. C’est mon travail qui les a rejoints.

Ce décalage n’est pas social. Il est structurel.

Eux décrivent l’actualité. Moi, je décris les mécanismes qui la fabriquent.

Eux commentent les faits. Moi, je lis les fils.

Eux suivent les récits. Moi, j’observe les habitus qui les produisent.

Je ne veux ni pouvoir, ni influence, ni lumière.

Je veux juste réaliser mon potentiel, comme dans la pyramide que j’ai dessinée l’année dernière : sécurité, introspection, créativité, épanouissement.

Mais c’est précisément cette simplicité — cette absence d’ambition sociale — qui me rend inclassable.

Et c’est cette façon d’être inclassable qui crée le décalage.

Dans L’Archive des Habitus, ce décalage devient un outil.

Il révèle comment un territoire réagit lorsqu’un langage nouveau apparaît.

Il montre comment les structures se réorganisent autour de ce qu’elles ne peuvent pas nommer.

Vous entrez ici dans un espace où l’on ne raconte pas des faits, mais des forces.

Où l’on ne suit pas l’actualité, mais les lignes qui la sous‑tendent.

Où l’on ne cherche pas la visibilité, mais la justesse.

Bienvenue dans le décalage. Bienvenue dans l’Archive.

📌 Capsule : « Le coin de rue et la frontière »

(Archive des habitus – Territoires captés / Perpignan, Saint‑Mathieu)

Scène

En début de soirée, au coin d’une rue étroite du quartier Saint‑Mathieu, un groupe de jeunes occupe le passage.
Bruit, fumée, postures relâchées : un habitus de territoire bien installé.
Ils ne sont pas là par hasard : ils surveillent, guettent, protègent un point de vente.
Le trottoir devient un sas, un filtre, un lieu où l’on teste qui passe et comment.

Le geste d’assignation

Alors que je traverse avec mon caddie, l’un d’eux lance un « Tata ! ».
Ce n’est pas une marque d’affection.
C’est un crochet symbolique, une tentative de me ramener dans un registre familier, horizontal, contrôlé par eux.

La réponse souveraine

Je m’arrête.
Je pose ma voix, nette, calme, sans agressivité :

— Non. Moi, c’est Madame.

Le jeune se reprend immédiatement :
— Pardon Madame.
Il continue de rouler son pétard, mais la frontière est posée.
Le territoire n’est plus totalement à eux.

Le geste légal

Je poursuis ma route.
Une fois chez moi, je documente l’attroupement sur l’application Voisins Vigilants.
Pas pour punir.
Pas pour dramatiser.
Pour faire exister la situation dans un cadre légal prévu pour ça.
C’est une manière de dire :
« Je vois. Je note. Je ne suis pas seule. »

Lecture

Ce type d’habitus est répandu à Perpignan :

  • occupation de l’espace,
  • familiarité imposée,
  • guetteurs,
  • micro‑économie parallèle,
  • pression diffuse sur les habitants.

Beaucoup n’osent rien dire.
La peur, la lassitude, l’habitude.
Mais une frontière posée calmement suffit parfois à fissurer la scène.

Contre‑champ

Juste un peu avant, sur la place du marché de la République, un inconnu me croise et dit simplement :

— Bonjour Madame.

Aucun sous‑texte.
Aucune assignation.
Juste la reconnaissance d’une présence, d’un statut, d’une femme qui marche dans son axe.

« Jeudi. Jour de publication. Jour où les forces testent les frontières.

Le réel me rappelle que l’habitus n’est pas un concept :

c’est une scène vivante.

Je publie l’Archive, et le quartier me rejoue son théâtre.

Je note. Je vois. Je pose la limite. »

✦ Capsule de transition : « L’écriture en cours »

L’écriture est en cours. Elle avance par strates, par surgissements, par fragments qu’il faut trier, assembler, éclairer.

Je pensais faire une pause, mais les circonstances ont décidé autrement.

Quand les structures se dévoilent, il faut les saisir avant qu’elles ne se referment.

Je ne force rien. Je recueille. Je trie. Je laisse apparaître ce qui doit être archivé.

Ce texte se construit comme se construisent les habitus : par couches successives, par gestes répétés, par révélations inattendues. Je suis simplement en train de suivre le fil.

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